Archives mensuelles : avril 2014

Milonga Le Théâtre de Verre

 La milonga du Théâtre de Verre:

17, rue de la Chapelle (code d’entrée: cf. réseaux tango ou FB), 75018 Paris – métro  Marx Dormoy

(pour les fréquences et horaires cf./for schedule, please check www.tango-argentin.fr)

En arrivant rue de la Chapelle, on pourrait penser que le bal tango est dans la monumentale basilique Sainte-Jeanne; après tout , on va à la milonga comme à la messe à la recherche de la communion, de la chaleur des Hommes, de l’absolution, de la vérité. Mais c’est en face, au creux d’un porche, au fond d’une cour.

054Un vieil alcoolique noir, très noir, guide mes pas malgré lui en tirant des bords mais il me mène à bon port. Nos chemins divergent à la dernière minute.

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Je passe le bar enfumé par l’asado et pénètre dans la nef à la charpente de bois et de tôle ondulée tout juste éclairée en son centre de trois spot dont un rouge. Tout est dit : c’est bien là, sur une piste blanche qui dessine les ombres des premiers tangueros.

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Affairé à découper des petits papiers qui annoncent la prochaine milonga festive du vendredi, l’hôte me fait grâce de l’inscription puisqu’il n’a plus de papier ! Mais je m’acquitte de l’entrée. De grandes tables rectangulaires ornées de chaises de récupération multiple décorent dans la pénombre tout le tour de la salle. Elle est grande et, pour le moment, clairsemée. La musique est classique, drôle pour ce lieu atypique et peu conventionnel. Je m’assois à côté d’un inconnu qui ne le sera bientôt plus. J’enfile mes lunettes et mes chaussures. « On dirait qu’elles sont en galuchat » me dit l’homme. Très bonne entrée en matière car, en tango, l’accessoire est aussi précieux que le reste.

Nous méritons d’aller plus loin.

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Le soulier de Cendrillon

Le soulier de tango est un objet de valeur.

Rêvé, désiré, convoité, il n’est pas n’importe quoi. Aussi précieux que la pantoufle de vair, il peut mener au prince…

Mais d’abord, il y a LE sac. Sous le bras ou sur l’épaule, enfoui dans un autre sac, parfois chiffonné et pourtant si précieux: le sac à souliers de tango. Il est souvent en tissu, un lien le serre et le desserre au gré des milongas. Parfois, il est en satin ou en toile rugueuse portant l’effigie d’une maison de chausseurs argentins, Tango Leike, Madreselva, Flabella, Greta Flora, Comme Il Faut (à Buenos Aires mais en français, tiens?!), NeoTango ou Sam, que l’on arbore avec fierté et nostalgie quand on les a achetées tout là-bas… Les plus élaborés ont une séparation pour ne pas abîmer le cuir.

Car les chaussures de tango sont fragiles. On ne les met pas dehors, quel sacrilège! Pour le bitume ou le marbre, on a toujours une vieille paire qui ne s’offusque de rien et que l’on peut racler sur les pavés sans vergogne. Mais pour le parquet ou les salons de tango, la plupart des chaussures ont une semelle spéciale qui glisse vers l’avant et parfois résiste vers l’arrière. Elles ont toutes des brides car il faut bien maintenir le pied pour qu’il se lâche! Elles sont parfois croisées, en Salomé barrant  le cou-de-pied ou passent sur la cheville comme un ruban de chaussons, fermées par une boucle ,simple ou décorée d’un brillant ou d’une fleur que l’on attache avec délectation comme un préliminaire au plaisir…

Soulier Miltango.com

Soulier disponible auprès de Martine  www.miltango.com

Même à l’abri des bals, les chaussures de tango sont soumises aux aléas des frottements à l’intérieur du pied. C’est avec tristesse que l’on en voit les effets sur les beaux cuirs lisses, des rayures blanches sur les souliers noirs, des rayures noires sur les souliers colorés. Pourtant, les peausseries sont si belles: du rouge, bien sûr, du doré, de l’argenté mat, brillant, pailleté ou irisé, du violet scintillant, du vert croco, du bleu de la nuit profonde et toutes sortes d’impressions qui mélange les formes et les motifs, souvent le noir et blanc de l’équilibre. Ceux, ou plutôt celles qui sont allées à Buenos Aires sont intarissables sur les heures passées au magasin, à y retourner, tout essayer, bien que souvent la taille manque à celle-là, juste celles qu’il me faut, les boîtes empilées, les pesos envolés, les cartes bleues épuisées… Mais en fait, les cavaliers ne sont pas en reste car entre cuir lustré, peau velours, et les deux entremêlés, sans compter les bicolores à la Prosper youplaboum, on est le roi de la piste et des dames!

Si je peux me permettre, mes préférées vont à NeoTango car elles sont modernes, vu le nom, et surtout que le talon est implanté un peu plus en avant pour améliorer l’équilibre des frêles silhouettes et calmer la cambrure. Et puis on y trouve toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et plein de matières aux vibrations étranges et, avec un peu de chance, on peut même danser avec le patron plein de charme… Quelqu’un lui en a acheté sept paires d’un coup! un chiffre sacré…

 

 

Au loin, les cavaliers…

Pire qu’une Arlésienne, on les attend parfois longtemps… non pas qu’ils soient en retard seulement ils ont le choix , mais sont malgré tout frileux – pour une fois ! –Ils ne se frottent qu’à celles qui pourront les montrer sous leur meilleur jour. Et puis finalement, ils sont timides aussi.

Ce qui frappe dans les premières heures d’une milonga, c’est l’enfilade de sièges habités d’âmes en quête, le chapelet de tables où trône un seul verre, des corps adossés, le regard fixe. Les bras se tiennent compagnie, ils changent parfois d’attitude mais semblent être seuls à se mouvoir. Pourtant les pensées fusent, les yeux observent, les oreilles sont dressées à l’affût du « tan, tan ! » qui signe la pause, la cortina puis  la relève. Si l’invitation tarde à venir, on se contorsionne, tourne la tête dans un sens puis l’autre pour avoir l’air affairé, les yeux bougent sans sourciller, on est prêt à bondir immobile comme un hibou dans la nuit.

Le carnet de bal n’existe plus, et s’il devait renaître, on l’attribuerait plutôt aux hommes!

 

Milonga La Victoria au Chalet du Lac

Un cavalier dans l’attente. Milonga La Victoria, Chalet du Lac. copyright MiLou

Pour les attirer, il faut laisser traîner son regard, le faire parfois insistant, étonné, coquin mais timide, furtif mais qui revient, ou sans équivoque, amplifié d’un haussement de sourcil qui impose une réponse franche et immédiate. Les plus hardies vont d’attaque inviter, connaissance ou pas, chose strictement interdite à Buenos Aires, mais ici ce sont les droits de l’homme et de la femme… C’est pire que le duel car on y perd parfois son honneur en invitant un débutant, qui, bien que ravi, perdra d’autant plus son assurance car il sera sur la sellette ! -« Non, je ne suis pas bêcheuse ! Et puis c’est très bien d’avoir de nouveaux cavaliers, on est en manque de jeunes recrues ». Dommage qu’il n’y ait pas d’immigration positive en faveur des bons danseurs ; les hommes de l’Est ou du Maghreb auraient leurs chances car ils ont plutôt le pied allègre !

 

Parfois par miracle, un inconnu vous saute dessus, vous invite à la hussarde et hop ! Et une milonga en plus ! Là, il faut s’accrocher au rythme effréné, remercier le ciel et compter les pas, pas question de s’emmêler, la chance est là, ne la loupons pas…  Mais parfois, il y a celui qui a enfin osé, petit sourire ravi du « oui » presque par étonnement mais dès le frôlement des mains, sa moiteur, la mollesse de sa peau et de son geste qui rivalisent avec la chemise pas très fraîche, comme ils vont bien ensemble. On aurait pu s’en douter mais c’est trop tard et puis difficile de faire l’affront d’un refus. Il faudra être courageuse, attendre patiemment les quatre danses de la tanda, en profiter pour scruter l’horizon des autres danseurs ou pour croiser le regard d’un ami aux aguets ou d’une amie compatissante, au moins écouter la musique puisqu’elle est là et à priori bonne. Ce sera toujours moins pire que l’homme aux parfums musqués qui rappellent qu’il fut en des temps ancestraux  tapi dans une grotte sans lavabo , ou bien celui qui n’a pas encore découvert les vertus du déo, pourtant vantées à gros budgets par les publicitaires.

Puis vient enfin celui que l’on attendait depuis toujours, depuis l’enfance parfois. Une prestance à la Burt Lancaster ou Clark Gable. Le rêve peut commencer…

Milonga La Victoria

La milonga La Victoria (mercredi) et

milonga La Popular (dimanche):

Chalet de Saint-Mandé à l’orée du bois de Vincennes -75012 Paris

(pour les fréquences et horaires cf./for schedule, please check www.tango-argentin.fr)

 

A l’orée du bois, caché dans un dédale de chemins sombres et sinueux, se cache cet ancien relais de chasse de Napoléon III. Aujourd’hui, on n’y chasse plus que le cavalier sans monture.

 

L’abord est un peu inquiétant à la tombée de la nuit et fait penser à un lieu de perdition, un écrin lumineux au milieu de nulle part. Un chien de garde aboie si l’on s’égare alentour, il faut vite entrer et soudain la chaleur du bois lustré et des lampes tamisées nous rassure.

Tel un maître d’hôtel, presque en livrée, toujours élégant, droit sur son siège haut, encadré d’un comptoir surplombant le quidam d’un bon mètre,  comme le caissier d’une banque ancestrale, Vega, l’hôte qui nous accueille est indien de la caste de ceux qui connaissent les bonnes manières et la discrétion. Il est là depuis toujours ou presque. On s’acquitte du droit d’entrée, moins cher pour les dames qui viennent tôt, autre preuve du temps qui résiste. Avant de faire son entrée, on peut guetter l’ambiance au travers de lucarnes qui percent les portes battantes. Puis, on entre, et là l’ambiance est plantée comme un décor: l’immense boule à facette, clin d’œil aux soirées disco, véritable centre de la terre enveloppé d’un large drapé nous subjugue, auréolé ce jour d’une lumière rouge, très rouge. Autour du parquet luisant, un chapelet de tables nappées encercle la piste de part et d’autre de la scène. Pour les plus timides, des tables éloignées et des petits salons abritent l’intimité des couples ou des femmes seules, toujours si nombreuses à attendre l’heureux événement: l’invitation.

Un fois happé par la chaleur intérieure, on s’engouffre lentement vers le corridor qui mène au vestiaire. Cachée derrière son rideau multicolore Marella guette les arrivants par un jeu de miroirs. Il ne vous en coûtera que ce que vous souhaitez laisser et vos précieux objets seront bien gardés. Un petit passage aux toilettes du sous-sol vaut le détour pour sa déco hétéroclite et ses lumières tamisées comme dans un boudoir.

Depuis ce joli mois de mai (enfin humide en cette année 2014!), le Chalet s’est embellit pour accueillir sa Victoria. L’écrin blanc se pare de lumière dès l’extérieur et affiche en grosses lettres la milonga du jour: mercredi La Victoria et dimanche La Popular.

Au moins, on sait où l’on entre.

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Un fois, entré(e), une fois assis(e), une fois l’assemblée repérée, il faut faire un tour au bar. Digne des grandes brasseries parisiennes, la caisse est tenue par une femme aux aguets et les serveurs arborent le nœud papillon et virevoltent entre la salle et les cuisines proposant sangria, au Malbec? , et empanadas à 1€, de quoi nourrir légèrement les danseurs affamés.

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Un tanguero, une milonguette? Champagne! Whatelse…