Le soulier de Cendrillon

Le soulier de tango est un objet de valeur.

Rêvé, désiré, convoité, il n’est pas n’importe quoi. Aussi précieux que la pantoufle de vair, il peut mener au prince…

Mais d’abord, il y a LE sac. Sous le bras ou sur l’épaule, enfoui dans un autre sac, parfois chiffonné et pourtant si précieux: le sac à souliers de tango. Il est souvent en tissu, un lien le serre et le desserre au gré des milongas. Parfois, il est en satin ou en toile rugueuse portant l’effigie d’une maison de chausseurs argentins, Tango Leike, Madreselva, Flabella, Greta Flora, Comme Il Faut (à Buenos Aires mais en français, tiens?!), NeoTango ou Sam, que l’on arbore avec fierté et nostalgie quand on les a achetées tout là-bas… Les plus élaborés ont une séparation pour ne pas abîmer le cuir.

Car les chaussures de tango sont fragiles. On ne les met pas dehors, quel sacrilège! Pour le bitume ou le marbre, on a toujours une vieille paire qui ne s’offusque de rien et que l’on peut racler sur les pavés sans vergogne. Mais pour le parquet ou les salons de tango, la plupart des chaussures ont une semelle spéciale qui glisse vers l’avant et parfois résiste vers l’arrière. Elles ont toutes des brides car il faut bien maintenir le pied pour qu’il se lâche! Elles sont parfois croisées, en Salomé barrant  le cou-de-pied ou passent sur la cheville comme un ruban de chaussons, fermées par une boucle ,simple ou décorée d’un brillant ou d’une fleur que l’on attache avec délectation comme un préliminaire au plaisir…

Soulier Miltango.com

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Même à l’abri des bals, les chaussures de tango sont soumises aux aléas des frottements à l’intérieur du pied. C’est avec tristesse que l’on en voit les effets sur les beaux cuirs lisses, des rayures blanches sur les souliers noirs, des rayures noires sur les souliers colorés. Pourtant, les peausseries sont si belles: du rouge, bien sûr, du doré, de l’argenté mat, brillant, pailleté ou irisé, du violet scintillant, du vert croco, du bleu de la nuit profonde et toutes sortes d’impressions qui mélange les formes et les motifs, souvent le noir et blanc de l’équilibre. Ceux, ou plutôt celles qui sont allées à Buenos Aires sont intarissables sur les heures passées au magasin, à y retourner, tout essayer, bien que souvent la taille manque à celle-là, juste celles qu’il me faut, les boîtes empilées, les pesos envolés, les cartes bleues épuisées… Mais en fait, les cavaliers ne sont pas en reste car entre cuir lustré, peau velours, et les deux entremêlés, sans compter les bicolores à la Prosper youplaboum, on est le roi de la piste et des dames!

Si je peux me permettre, mes préférées vont à NeoTango car elles sont modernes, vu le nom, et surtout que le talon est implanté un peu plus en avant pour améliorer l’équilibre des frêles silhouettes et calmer la cambrure. Et puis on y trouve toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et plein de matières aux vibrations étranges et, avec un peu de chance, on peut même danser avec le patron plein de charme… Quelqu’un lui en a acheté sept paires d’un coup! un chiffre sacré…